Essai de non définition eschatologique [1] du M a T r i C e . . . 

 

         Si l’un de vos amis vous propose une question qui vous semble demander une réflexion plus importante à fournir que votre propre cerveau n’en n’est capable, retourner le problème. Ce n’est pas forcément plus facile mais peut-être plus lumineux. Il nous serait donc plus aisé de définir ce que n’est pas le M a T r i C e . . . plutôt que ce que c’est !            

 

Nous pouvons donc dire premièrement que le M a T r i C e . . . n’est pas un énième avatar des collectifs de la flower-generation (quoique les dates de naissances de ces jeunes gens élevés au gloubiboulga et autres merveilleux pays de Candie correspondent à cette époque).

Deuxièmement ce n’est pas le dernier collectif d’intermittents du spectacle en mal de revendications vis-à-vis du Conseil National du Patronat Français (malgré le statut de certains de ces jeunes travailleurs).
Enfin ce n’est pas le premier collectif d’artistes pensant que les beaux-arts sont sept (comme les nains vivant en parfaite harmonie avec une seule femme!).
Mais alors qu’est ce que ce Module aléatoire de Traitement et de recyclage d’information, de chose et…?

 

Bien sûr, un historien de l’art (ce que je suis), pourrait dire que le M a T r i C e . . . s’inscrit dans la lignée et en perspective de grands collectifs tel que Dada, Fluxus et l’Oulipo. Mais ces derniers sont mort ou n’en finissent pas de mourir. Le M a T r i C e . . . serait-il donc un dernier soubresaut, un ultime retournement dans leurs cercueils de Tzara, Georges Maciunas et/ou Perec ? Peut être.

 

Il est de bon ton de dire, dans les dîners en ville, que l’artiste est à l’écart de la société. Nous sommes d’accord mais le problème est qu’il est le seul à toujours vouloir (re)venir au centre (sur scène, sur écran, s’exposant, se montrant, bref voulant croire qu’en s’exhibant il ne sera plus en dehors mais au milieu). Il en va de même pour les membres du M a T r i C e . . .

 

Pourtant, soit plus timides que les autres, soit tout simplement moins égocentriques, ils ont choisis de se conglomérer dans un collectif. Et c’est là que les choses sérieuses commencent….

Bien sûr, l’union fait la force, plus on est de fous plus on rit, mais là n’est pas le propos. Cet état de groupe marque peut-être une partie de l’explication de ce qu’est le M a T r i C e . . . A savoir: « l’impossibilité de détenir une si grande masse de créativité dans le cerveau d’un seul homme, pousse certains de nos plus brillants jeunes artistes à s’amalgamer pour exprimer ce qui n’est pas dicible et réalisable individuellement ».

 

En expliquant, il faudrait dire tout d’abord que ces garçons sont la somme (ramené au carré du double de leurs propres valeurs) d’un plasticien, plusieurs bidouilleurs, d’un écrivain, un cinéaste, un poète, des musiciens. Ce qui vous le jugerez par vous-même ne se retrouve pas facilement dans la tête d’une seule personne (artiste ou monstre de foire compris).

 

En second lieu l’impécuniosité des matériaux employés et la quête digne du Graal qui résulte _ pour dénicher trois machines à coudre d’enfants, vingt huit haut-parleurs d’autoradio, un oscilloscope cassé…, un inventaire digne de Boris Vian rencontrant l’Arte Povera _ ne peut pas être le fait d’un seul homme même si ce dernier avait marché sur le lac de Tibériade, il faut être quatre minimum, une douzaine c’est mieux… A la manière du marchand de

sel, ces artistes sont plus des ingénieurs à bon marché que des bricoleurs du dimanche. Nous entendons par là qu’il paraît nécessaire de créer de l’art si cela est possible mais en tenant compte que leur création artistique doit être simple, distrayante, sans prétention, ne mettre en scène que des choses insignifiantes n’impliquant ni habileté, ni répétitions nombreuses, et n’avoir pas de valeur marchande ou institutionnelle.

 

Et finalement, ainsi que Duchamp ou Beuys le désignent comme axiome:

  1. N’importe quoi peut être de l’art.
  2. L’art = la vie.

 

                                                                                                L.O. 01/03/06

 

 

[1]  Qui a rapport aux fins dernières de l’homme. Les problèmes eschatologiques recueillent dans les âmes un écho toujours plus profond (VUILLEMIN, Essai signif. Mort, 1949, p.200)